Conférence magistrale sur la participation des enfants et la citoyenneté

 (Lima, nov. 2006, II° Congrès Mondial sur les Droits de l’Enfant et de l’Adolescent) 

NB. Cette conférence a été donnée par Tounkara Tambaké délégué du Mouvement Africain des Enfants et Jeunes Travailleurs, à la demande des enfants de l’Amérique Latine co-organisateurs du Congrès de Lima.

 On m’a invité à ce Congrès, aussi je suis réconforté par l’accueil de tout le monde parce qu’ici au moins on échange des sourires, on est très gentils ; vraiment pour c’est très particulier dans ma vie.

On m’a demandé de donner un peu mon expérience sur la participation des enfants et sur la citoyenneté. Je ne vais pas foncer dans une présentation des grands intellectuels, des hauts cadres avec des mots très difficiles à comprendre, parce que si on suit ce rythme là, on sera tous perdus, on va  applaudir,  et puis chacun va partir sans rien comprendre. Merci

La participation  des enfants, ça veut dire quoi exactement ?

On a tous constaté que quand les gens développent la participation des enfants, ils se réfèrent beaucoup surtout aux conférences, c'est-à-dire qu’on appelle les enfants, on les met sur des chaises, ils sont là, les adultes parlent, les enfants applaudissent, on leur donne un peu de sandwiches et puis chacun part chez lui, on dit « voila les enfants ont participé. » Non, ce n’est pas ça la participation des enfants !

La participation des enfants c’est à plusieurs niveaux :

  1. La participation dans la famille, dans le quartier, la communauté, dans nos écoles et nos lieux de travail…
  2. … mais aussi à un niveau plus élevé, c'est-à-dire les conférences, les discussions avec les chefs, les leaders d’opinion.

- Quand on prend la dimension familiale, les enfants doivent savoir qu’est-ce qui se passe à la maison, comment ça se passe à la maison et aussi contribuer dans développement et l’épanouissement  de la famille.

- Et quand on prend le niveau  du quartier, de la communauté, la participation ne se fait pas en disant seulement « on vient prendre des décisions» Est-ce que ça suffit réellement, non ça ne suffit pas.

On dira que la participation des enfants, c’est leur implication dans tous les processus de développement de leur communauté et de leur propre personne.

Et donc ça commence à partir du moment où on essaie d’examiner les difficultés, les problèmes que rencontrent les communautés, les populations. Et ce n’est pas juste pour qu’il donne son opinion, c'est-à-dire, « ah ! Moi je pense que c’est ce qu’il faut faire pour la communauté … non ! »  Il doit être là, dire « voilà ce que ma communauté a comme difficultés, voilà ce qui se passe ici, voilà ce  qui se  passe là »

Après avoir trouvé ces problèmes de la communauté, il y a l’état de la prise de décisions pour savoir exactement de quoi la population a besoin. Et là, puisque l’enfant fait partie de la société, il  pourra mieux encore dire « voilà ce qu’il faut pour la société. »

Essayez de planifier vos actions  pour répondre aux besoins de la société…

Après cette étape de prise de décisions, il y a aussi la réalisation  de ce que vous essayez de planifier pour répondre aux besoins de la société.

Dans cette réalisation, l’enfant ou les organisations d’enfants n’ont pas le rôle  de venir voir  juste ce qui se passe, ce que les adultes font, si c’est bien ou c’est mal. Les enfants doivent être aussi de la partie, les enfants doivent  être des acteurs de cette réalisation.

Je donne un exemple, s’il s’agit de construire une école, on ne dit pas aux enfants de faire ce qui est trop lourd, ce qui est trop difficile, mais même s’il faut prendre une tasse d’eau pour venir mettre ça  dans le fût, il faut le faire. Là, on sait que l’enfant est vraiment acteur de la construction de l’école de son village ou de son quartier. Et donc après cette étape de réalisation, on ne doit pas s’arrêter là.

Il faut que l’enfant qui fait partie de la communauté, qui a proposé des solutions soit dans l’évaluation des actions qui ont  été menées. Parce que là l’enfant pourra montrer aux adultes que « si je fais partie ça peut aller » parce qu’il n’y a pas que des actions des enfants qui échouent, mais il y a des adultes qui font des actions qui échouent.

Mais aussi c’est de permettre aux enfants qui sont appelés à être des adultes de savoir exactement l’importance d’impliquer les autres enfants. Qu’on essaie de savoir que la participation des enfants est importante. Je ne sais pas pourquoi les adultes pensent que ce n’est pas très important, alors que chacun a son mot à dire et sa part à faire.

Souvent il y a des  adultes qui disent que non, les enfants ne sont pas intelligents. Mais dites-moi, qui est inintelligent, n’est pas celui qui ne veut pas être aidé ?  Est-ce qu’une seule personne peut faire toutes les choses ?

Nous en Afrique, on a beaucoup évité certaines choses. C’est d’être là dans des réunions et qu’on nous dise : « les enfants participez, donnez votre point de vue » avec un discours et puis que  ça s’arrête là. Prochainement, s’ils vous invitent dites non.  Parce que  là, ce n’est pas une participation effective, mais c’est une participation décorative. 

Qu’est -ce que les gens pensent de la citoyenneté ?

Sur mille adultes, tu les mets ici, il est difficile de trouver un très bon citoyen. Parce que un bon citoyen respecte les droits des autres tout en assumant ses responsabilités, tout en répondant aux besoins de la société qui l’a engendré. Dès qu’un enfant est né, c’est un citoyen.

Mais les enfants qui sont surtout dans les milieux les plus défavorisés comme moi Tounkara, je n’ai pas besoin que les ministres me disent que moi je suis citoyen. Je sais que si j’existe en tant qu’être humain, moi, je suis citoyen. Et c’est moi qui construis ma propre citoyenneté à  travers des actions que je fais pour ma communauté.

Quand vous voyez les adultes, ce qu’on leur demande pour leur citoyenneté c’est peut être de payer des impôts, de payer des taxes, de voter, de faire beaucoup d’autres choses.

… la participation des enfants à la citoyenneté c’est un lien direct avec l’action.

Mais nous aussi, notre citoyenneté non seulement c’est de respecter nos parents, respecter la communauté, mais aussi de travailler pour notre communauté comme on le fait nous, au niveau du MAEJT.

Par exemple il a y des groupes qui viennent nettoyer des hôpitaux, nettoyer les places publiques, reboiser, se battre pour que les enfants qui sont nés dans les quartiers les plus défavorisés ou les villages, pour que ces enfants soient déclarés à l’état civil. 

Les adultes qui sont supposés être les bons citoyens, ils ne font pas ce travail, mais les enfants le font, est- ce que nous ne sommes pas de bons citoyens ? Et donc, ce qu’il faut surtout comprendre c’est que la participation des enfants à la citoyenneté c’est un lien direct avec l’action.

Dans mon quartier, on essaie de mettre une activité génératrice de revenus en place, parce que mon pays fait partie des pays les plus pauvres au monde. On n’a pas attendu que les Nations Unies, ou bien qui que ce soit viennent donner de l’argent à nos populations. Mais l’activité que nous développons permet à nos communautés et à nous- même de sortir de notre propre  pauvreté.

Dans certaines communautés au niveau de l’Afrique, il y a une organisation sociale qui existe. Comme c’est des lieux oubliés par les autorités, la communauté se mobilise pour créer des espaces d’alphabétisation, les enfants eux –mêmes  construisent des espaces pour eux-mêmes, pour apprendre à lire et à écrire. Cà c’est une citoyenneté !

Mais ce que je vais vous demander aussi c’est de ne jamais  vous attendre à ce  que  les cent pour cent des adultes vous disent que vous êtes des citoyens.

… c’est à nous de construire nos propres droits

Ne vous asseyez pas pour que les adultes du monde respectent vos droits. Sinon depuis longtemps on parle du respect des droits,  c’est à nous de construire nos propres droits, c’est à nous de nous battre pour construire ces droits, s’il n’y a pas éducation par là, il faut que nous mettions l’éducation là.

Ne pensez pas que nos parents ne respectent pas nos droits, nos parents nous ont mis au monde, ils nous aiment beaucoup, nos parents savent qu’on a droit à la vie, on n’a pas besoin de leur dicter ça.

En Afrique, si jamais tu n’es pas parti à l’école,  ceux qui ont leurs enfants à l’école, te disent : « son papa n’a pas respecté son droit ». Mais est- ce que tous les parents travaillent ?  Ou bien est-ce que tous les parents ont les mêmes possibilités non seulement de nourrir la famille, de s’occuper de la santé de la famille et d’envoyer l’enfant à l’école ?

On a parlé de discrimination ici ; entre les enfants mêmes, il y a une discrimination. Par exemple, l’autre dit : « moi j’ai été à l’école, donc je suis considéré comme un homme moderne ; celui qui travaille, un Tounkara qui travaille dans la rue n’est pas un homme moderne ». Est – ce qu’on a eu les mêmes opportunités ? 

…savoir et savoir faire

Mais n’oublie pas que ce que toi tu étudies à l’école, moi je l’apprends  dans la vie aussi.  Dans la vie il y a deux choses :  tout ce que tu apprends à l’école, apprends- le à cinquante pour cent mais n’oublie pas que la vie aussi  fait cinquante pour cent, parce que c’est le savoir et le savoir- faire qui vont ensemble. Et donc, parce que  si tu sais, tu sais tout, mais tu ne peux pas le faire. Aussi, tu peux le faire, mais tu ne le sais même pas. Et donc moi, je vais vous interpeller à savoir et à savoir- faire nous les enfants pour construire notre monde.

Si vous vous fiez aux décisions, aux colloques, aux conférences, aux séminaires des grands pour dire  que bon voilà telle enveloppe on va donner à l’Afrique ou à l’Amérique Latine  pour sortir de la pauvreté. Si vous vous fiez à ça, vous n’allez jamais sortir  de cette situation. C’est vous les citoyens de l’Amérique Latine, c’est vous les citoyens de l’Asie, c’est vous les citoyens de l’Afrique, c’est vous qui devez construire vos continents vous-mêmes, par vos propres moyens. Parce qu’on ne doit pas être assisté. Il ne faut pas qu’on vive dans l’assistanat parce que le jour où ça va cesser, c’est fini pour nous.  Un bon citoyen c’est celui qui se bat. Et donc on doit se battre.

Pour conclure tout cela, je dirai que la façon dont moi j’ai vu l’organisation de ce Congrès, c’est le début de la citoyenneté. Parce que vous pensez à ce que vous vivez dans vos communautés. C’est la fin de la discrimination en Amérique Latine si vous continuez comme ça. Parce que j’ai vu même des enfants qui sont venus des provinces les plus éloignées du Pérou. On mange ensemble, on dort ensemble, on échange ensemble sur comment développer nos communautés, c’est ça la citoyenneté.

Une fois encore merci beaucoup pour m’avoir invité et je ne cesserai vraiment pas de continuer avec vous, merci beaucoup.